HESAV

Jun 07, 2018

Amanda Oriol, étudiante APS, publie « Confession d’une dyslexique »

Dès ma plus tendre enfance, « je mélangeais déjà les phrases et les mots dans ma tête. De vraies salades de fruits exotiques qui ont rendu folles mes maîtresses ». Dans « Confession d’une dyslexique », notre étudiante Amanda Oriol livre un témoignage sans concession sur le vécu de ceux que les Canadiens appellent les « autrement capables », ceux qui ont un « handicap ». Invisible, le fardeau des dyslexiques est souvent lourd à porter et difficile à faire comprendre aux proches, mais aussi aux enseignants et aux professionnels de santé. D’où l’importance d’un témoignage de première main tel que celui d’Amanda.

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Grandir, étudier, vivre, en étant dyslexique, c'est un gros défi. Pouvez-vous nous résumer votre expérience en quelques mots ?

La première difficulté est d’obtenir un diagnostic. Dans mon cas, j’ai un très gros déficit en lecture. Dès l’école enfantine, je faisais des choses bizarres avec les lettres et n’avais pas du tout le niveau. C’était chaque année pire au point que je pensais vraiment être bête. C’est terrible. On se sent différent mais sans comprendre pourquoi.

Le diagnostic est finalement tombé, mais très tard, j’avais déjà 12 ans ! Du coup, j’avais une attestation avec la liste des aménagements spécifiques dont j’avais besoin. Car chaque dyslexique a des troubles différents. Par exemple, utiliser un ordinateur ne m’aide pas parce que les touches sont mélangées, mais il aide d’autres dyslexiques.

Je n’ai jamais vu la dyslexie comme un « handicap », mais elle est considérée comme telle. Je préfère la terminologie des Canadiens qui appellent les enfants différents les « autrement capables ». Et c’est vrai. J’ai réussi à faire mes études, autrement que les autres, mais je l’ai fait.

Quelle influence cela a-t-il sur vos études ? Avez-vous développé des astuces pour pallier les difficultés ?

Les études ont été terribles, même si j’ai réussi à aller en voie prégymnasiale et à faire un Bachelor en Lettres. Heureusement, j’ai eu des aménagements mais c’est difficile d’obtenir tout ce qui serait nécessaire.  En particulier, j’ai besoin de davantage de temps que les autres et d’écritures appropriées.

A chaque changement d’école, il me faut du temps pour trouver mes marques et mes astuces. A HESAV il m’a fallu 3 mois pour trouver comment étudier pour être au niveau des autres. J’espère avoir réussi.

Les dyslexiques développent d’autres moyens de parvenir à un but. Niveau astuces, j’ai eu beaucoup d’aide de ma famille. Comme à l’oral, les choses allaient bien, mes parents me lisaient mes livres de cours et je prenais des notes. Mes séances de logopédie avaient aussi lieu le soir, car c’était le moment où les problèmes étaient au maximum.  

Finalement, mes astuces ont payé et j’ai même pu les partager. Durant toute ma période à l’UNIL, j’ai donné des appuis à des enfants au travers d’associations. Peu à peu, j’ai pris en charge ceux qui avaient des troubles, dont plusieurs dyslexiques. J’arrivais à les faire progresser, parce qu’ils disaient que je les comprenais. Cela a été confirmé lors d’une rencontre avec une enfant autiste et trisomique à la fois. Le contact a été extraordinaire et ce moment a été une révélation. Aujourd’hui, je rêve de me former en ergothérapie pour pouvoir devenir enseignante spécialisée !

Selon votre expérience, les professionnels de la santé et les enseignants connaissent-ils suffisamment le vécu des personnes dyslexiques ?

A HESAV, les enseignants étaient intéressés et très compréhensifs. Ceci dit, d’une manière générale, c’est déjà à l’école primaire que nous sommes beaucoup à être incompris. Il faudrait que la dyslexie soit mieux expliquée aux enseignants et aux élèves.

Les soignants aussi connaissent mal nos difficultés quotidiennes mais ce n’est pas non plus par manque de curiosité. Le soignant est formé à être à l’écoute, ce qui fait qu’une personne avec un trouble quelconque sera bien entourée. Je l’ai moi-même vécu lors d’un stage en physiothérapie où j’ai développé une magnifique relation avec une patiente dysphasique.

Que représente la sortie de ce livre pour vous ?

Une revanche sur la dyslexie ! C’est un peu l’aboutissement de tous les efforts consentis depuis toute petite. La roue tourne. J’ai énormément pleuré et cela a été très dur de ne pas pouvoir être comprise à ce sujet. Le message qui en ressort est : « cela vaut la peine de se battre ».

Paradoxalement, écrire est devenu une force.  L’écriture me permettait de me décharger. Et en plus j’adore lire ! La littérature et moi, c’est une grande histoire d’amour. Je me suis toujours forcée d’écrire bien, même mes sms.

J’ai aussi pu parler au nom de tous les autres et peut-être qu’il y en aura qui souffriront moins à l’école grâce à cela. D’ailleurs, le livre est imprimé en gros caractères et donc accessible aux dyslexiques. Les premiers retours montrent que les dyslexiques (et leurs familles) ont besoin de témoignages de ce genre. Il y a eu un buzz auquel nous ne nous attendions pas lors de la présentation au Salon du livre. 

 

« Confession d’une dyslexique » d’Amanda Oriol est publié aux

Editions des Sables, collection « Sablier ».